Après plusieurs années de développement d’entreprises (en France et dans le monde), et d’engagement pour l’entrepreneuriat, je suis arrivé à la conclusion que si la société civile ne se mobilise pas rapidement et très largement, notre pays connaîtra des moments très difficiles et ne parviendra pas à se réformer. La pression des créanciers du pays pourrait nous obliger à remettre à plat dans l’urgence notre modèle ; ce qui se traduirait inévitablement par des troubles et des injustices. Nous sommes également menacés par la montée des extrêmes dont les programmes sont à la fois dangereux sur le plan économique et un renoncement grave sur le plan moral. Nous subissons les conséquences d’un pays bloqué avec un chômage de masse en particulier pour les jeunes, les seniors, les femmes seules et les minorités. La précarité ne cesse de croître, les inégalités se creusent, les services publics régressent et les impôts explosent, assommant le pouvoir d’achat de tous et démotivant les moteurs de l’économie que sont les artisans, les chefs d’entreprise, les commerçants et les professions libérales.

Il y a longtemps que j’ai découvert les travers et les blocages du système français.
En 1997, avec mes associés et mes collaborateurs, nous avons donné à notre pays son premier succès mondial en créant Business Objects, dans un secteur dominé jusque-là par des Américains. Eux-mêmes avaient reconnu ce succès en nous nommant, en 1996, « Entrepreneurs de l’Année » aux côtés de Steve Jobs et Steven Spielberg dans Business Week.

Ayant atteint l’objectif que je m’étais fixé de prouver que des Français étaient capables de réussir aussi bien que des Américains sur leur terrain, j’ai souhaité prendre du recul pour m’occuper de ma famille, plus importante à mes yeux que la réussite matérielle.  J’avais aussi décidé d’aider des jeunes entrepreneurs français à innover et à créer des emplois en France.
J’ai alors été confronté à deux lois dramatiques mises en place par un gouvernement de droite. La première concernait les charges sociales rétroactives sur les stock-options, qui mettaient l’entreprise que j’avais fondée en risque de faillite. La seconde, le déplafonnement de l’ISF m’exposait à une faillite personnelle en taxant un patrimoine qui ne me rapportait rien et fluctuait dans des proportions considérables.  Au moment de la bulle internet, le cours de l’action de Business Objects fut multiplié momentanément par 20 avant de revenir à un niveau proche de son point de départ.

Je me suis battu en créant Croissance Plus, avec lequel nous avons réussi à faire modifier la première loi, mais pas celle sur l’ISF. J’ai alors découvert les défauts de notre classe politique constituée principalement de fonctionnaires hermétiques à l’entreprise, et de politiques de carrière : ils étaient conscients de l’impact en matière d’emplois du déplafonnement de cet impôt, mais  ont prétexté que « les Français ne comprendraient pas que l’on touche à l’ISF ». Pourtant, les dirigeants de tous les bords politiques y compris l’extrême-gauche, reconnaissaient cette erreur. Ils préféraient laisser les créateurs d’emplois et de richesses quitter le pays en masse, à un moment où le chômage frappait déjà durement. Ils privilégiaient leur carrière, la prochaine élection, plutôt que leur conviction et la mission d’intérêt général pour laquelle ils avaient été élus.

Lorsque j’ai compris que rien ne changerait, j’ai dû me résigner à quitter la France car, bien qu’aimant mon pays, je ne pouvais pas exposer ma famille à la ruine. Je n’ai pas l’impression d’avoir démérité et pourtant  j’ai été mis à la porte !

Je me suis installé en Belgique et j’ai créé un mouvement similaire à Croissance Plus au niveau européen. Parallèlement, j’ai fondé Kiala. Grâce à son succès rapide, elle a généré beaucoup d’emplois, principalement en Belgique.
En France, sans surprise compte tenu du profil inchangé de nos dirigeants politiques, notre pays ne s’est pas réformé et a poursuivi son déclin. Pourtant, en 2008, après le déplafonnement de l’ISF, je suis revenu comme je l’avais promis.

Fin 2012, je me suis impliqué dans le mouvement des Pigeons. L’Etat décidait de confisquer 60 % de la valeur créée par les entrepreneurs lors de la vente de leur société, (soit un taux d’imposition doublé). Nos dirigeants politiques brisaient le rêve de toute une « génération » d’entrepreneurs prêts à sacrifier économies, vie de famille et parfois santé, pour espérer une hypothétique ascension sociale. Là encore, méconnaissant la réalité de l’entreprise et ayant un besoin urgent de couvrir des dépenses publiques, ils mettaient en péril la capacité du pays à faire émerger des entreprises nouvelles créatrices d’emplois.  La mobilisation des Pigeons a permis d’éviter cela.

J’interviens depuis longtemps pour présenter mon parcours d’entrepreneur devant des publics très variés. Depuis un an environ, ces rencontres se concluent invariablement par des questions inquiètes sur l’avenir de notre pays. J’ai été frappé de rencontrer des citoyens préoccupés ; affirmant ne pas vouloir s’engager dans les partis traditionnels mais souhaitant s’impliquer dans la vie civique pour tenter de trouver des solutions pour notre pays. Lors de ces échanges, ils se disaient « orphelins de la politique » et ils craignaient que les extrêmes ne deviennent le seul recours. Je tentais de les en dissuader mais manquais souvent d’argument compte tenu de la situation des partis traditionnels. « Que peut-on faire ?», « Que doit-on dire à nos enfants ? » étaient des questions récurrentes auxquelles je ne savais que répondre.

En rentrant chez moi, après l’une de ces réunions, j’ai pris la décision de lancer Nous Citoyens pour proposer une troisième voie qui ne soit pas une option extrémiste.
J’ai la chance d’avoir du temps, de ne plus être obligé de travailler et je dispose de nombreux contacts. Je me consacre dorénavant au développement de ce nouveau mouvement qui a vocation à faire bouger les lignes pour réformer notre pays.

J’ai quatre enfants et je souhaite pouvoir les regarder dans les yeux en leur disant que je ne suis pas resté les bras croisés, que j’ai tenté d’agir pour éviter de leur laisser un pays ruiné et dirigé par de dangereux populistes.

Denis Payre