Remettre à plat l’organisation de l’Education nationale pour assurer l’avenir de nos enfants

Selon un sondage OpinionWay pour Nous Citoyens, seuls 15 % des Français estiment que les enfants ont plus de chances que leur génération de réussir grâce à l’école. Nous Citoyens propose 6 pistes pour réformer l’école. Elles sont soumises aux votes et commentaires des milliers d’adhérents du mouvement dès le 02 décembre sur www.nouscitoyens.fr pour une période de trois mois

1.     Une Education nationale malade

L’étude internationale PISA sur l’éducation qui sort le 3 décembre va confirmer le décrochage de la France en matière de performance des élèves. Cette dégradation est particulièrement visible en mathématiques et en français. Un élève entrant en 2ndeaujourd’hui aura fait autant d’heures de mathématiques et de français qu’un élève entrant en 4ème en 1975 !

Le métier d’enseignant est en passe de devenir une profession sinistrée. Les professeurs français ont un niveau de salaire bien inférieur à celui de leurs homologues de l’OCDE. En 2011 et 2012, plus de 20 % des postes proposés au concours du CAPES externe n’ont pu être pourvus dans six disciplines selon un rapport de la Cour des Comptes. Les enseignants se disent souvent livrés à eux-mêmes devant les élèves et leurs parents. Ils sont peu soutenus peu évalués (une fois tous les 8 à 10 ans en moyenne selon la Cour des Comptes), et leur investissement est peu reconnu.

Pour Denis Payre, Président de Nous Citoyens : « l’Education nationale est un bateau ivre malgré un vrai potentiel. Les dirigeants politiques ont capitulé depuis longtemps. Tous les principes les plus élémentaires en matière de gestion des organisations font défaut : absence de chaîne de commandement, absence d’objectifs, absence de reconnaissance, absence de comptabilité analytique, absence de réflexion sur l’organisation« .

Pourtant la France se place parmi les pays qui dépensent le plus dans l’Education1 et est celui dans lequel les dépenses administratives représentent la plus grande part des coûts d’ensemble2. Nous avons aussi l’un des systèmes éducatifs les plus coûteux de l’Ocde mais aussi l’un des plus inégalitaire.
Notre système scolaire laisserait 120 000 élèves par an sans diplôme et 47 % des décrocheurs seront plus tard chômeurs.

« Nous laissons à nos enfants une montagne de dettes, un champ de ruine économique et nous ne les formons même pas pour leur laisser une chance d’y faire face » regrette Denis Payre.

Le sondage réalisé par OpinionWay pour Nous Citoyens montre que 4 Français sur 10 estiment que les enfants ont moins de chances que leur génération de réussir grâce à l’école. Un constat partagé par 52 % des parents d’élèves de lycée. 

« Le ministère de l’Education nationale ne souffre pas d’un manque de moyens budgétaires ou d’un nombre trop faible d’enseignants, mais d’une utilisation défaillante des moyens existants. » (Cour des Comptes, mai 2013).
2. Six solutions pour une Education nationale performante

Miser sur les enseignants 

Selon l’étude OpinionWay pour Nous Citoyens, 1 parent d’élève sur 2 seraient favorables à une augmentation de la rémunération des enseignants en fonction de leur contribution à la réussite de leurs élèves dont 58 % des parents d’élèves de maternelle et 55 % pour les parents dont les enfants sont au lycée.

  • Donner au chef d’établissement une responsabilité sur l’ensemble de l’équipe pédagogique après

une formation à la gestion des équipes ; la possibilité de choix du chef d’établissement par l’équipe enseignante, et un système d’évaluation réciproque seraient intéressants à étudier (évaluer à cet égard les résultats du programme ECLAIR) ;

  • Nommer un responsable par matière au sein de l’établissement pour accompagner l’équipe pédagogique ;
  • Créer des parcours de carrière pour les enseignants visant à la transparence des décisions de mobilité,  mieux gérer la formation permanente et l’évolution vers de nouvelles filières ;
  • Rémunérer mieux et différemment les enseignants en reconnaissant et en valorisant l’ensemble du temps passé au service des élèves, des parents et de l’établissement. En contrepartie il est nécessaire d’augmenter le temps de travail des professeurs3 ;
  • Communiquer publiquement et récompenser la performance éducative.

Garantir les fondamentaux éducatifs pour tous

Pour 85 % des Français, la réussite des élèves passera par le renforcement de l’enseignement des mathématiques et du français à l’école élémentaire.

  • Renforcer le temps alloué aux matières fondamentales : mathématiques, sciences et français, en particulier en primaire. C’est aussi un moyen de lutter efficacement contre les inégalités. Réduire en contrepartie le nombre d’options, source par ailleurs de complexité et de coûts ;
  • Organiser des baromètres réguliers de la réussite individuelle pour permettre aux élèves et aux enseignants d’ajuster leur effort et de mesurer la performance du système éducatif ;
  • Lutter contre l’exclusion scolaire : l’objectif est de pallier également à la non performance de notre système éducatif par une action forte à court terme pour aider ceux qui en ont le plus besoin. Nous proposons d’impliquer les aspirants professeurs dans des actions de tutorat auprès des élèves décrocheurs et dans les zones les plus défavorisées. Ce tutorat ferait partie intégrante de la formation des futurs professeurs, afin de permettre :
  • Aux futurs professeurs de mettre en pratique leur formation et de se préparer à l’exercice de leur futur métier ;
  • Aux élèves de bénéficier rapidement d’un accompagnement gratuit et adapté, soit au minimum 20 000 jeunes accompagnés (2 décrocheurs par aspirants professeurs). S’appuyer sur des jeunes issus du service civique permettrait de compléter le dispositif.

Cette dernière mesure devrait être mise en œuvre d’urgence en s’inspirant d’initiatives existantes similaires portée par la société civile comme celle de ZUPdeCO.

Personnaliser les parcours scolaires :

  • Mettre en place des parcours plus souples et plus individualisés, en particulier au collège et au lycée, pour permettre à chacun de progresser à son rythme et d’éviter les redoublements inefficaces et pénalisants4;
  • Rétablir l’apprentissage à 14 ans pour permettre à chacun de s’épanouir selon ses centres d’intérêt, personnellement et professionnellement ;
  • Valoriser les formations professionnelles en favorisant les passerelles entre l’enseignement technique et l’enseignement général.

Piloter le système au niveau éducatif comme financier

  •  Mettre en œuvre une comptabilité analytique détaillée pour permettre d’évaluer et de normaliser le coût de chaque mission au sein de l’Education nationale. Attribuer en particulier à chaque établissement un budget selon des critères objectifs et transparents, notamment le nombre d’élèves, la typologie des matières enseignées, la localisation géographique ;
  • Mesurer systématiquement et communiquer largement les performances au niveau des classes, des établissements et à l’échelle nationale ;
  • Agir en cas de défaillance durable : remise à niveau des professeurs notoirement insuffisants, changement de proviseur ou de recteur.

Simplifier l’administration de l’éducation

63 % des Français sondés et 70 % des parents d’élèves en collège considèrent qu’il est possible d’améliorer le système éducatif tout en réduisant les dépenses.

  •  Simplifier le nombre et les niveaux de gestion de l’Education nationale ainsi que sa relation avec les collectivités locales, afin de réaliser des économies substantielles :

– Par exemple créer des « territoires éducatifs « qui rassemblent par région l’ensemble des écoles, collèges et lycées, les collectivités locales siégeant au sein des conseils d‘établissement ;
– Supprimer le double financement et la double commande byzantine des établissements résultant d’une décentralisation inachevée avec la gestion d’une partie des personnels des établissements par l’Education et une autre partie par les collectivités. La réforme des rythmes scolaires a démontré une fois de plus que cela ne fonctionnait pas.
– Réaligner les rectorats sur les régions et permettre au Conseil régional de siéger au sein du conseil du rectorat5.

  •  Réduction du nombre de personnels administratifs en simplifiant l’organisation des rectorats et des académies, en supprimant les doublons et en simplifiant la gestion paritaire. Le nombre de professeurs sera aussi réduit sensiblement. Ces actions seront menées en profitant de la pyramide des âges avantageuse des personnels de l’éducation nationale pour revenir en quelques années à la moyenne des effectifs des meilleures pratiques européenne en matière d’éducation. Cela se fera donc grâce à un renouvellement très limité des départs à la retraite6 ;
  • Renforcer l’autonomie des établissements en donnant au chef d’établissement la responsabilité des objectifs de valeur ajoutée éducative et d’objectifs financiers, sa rémunération étant lié à l’atteinte d’objectifs clairs en la matière.

Oser l’innovation au service de l’enseignement.

  •  Appuyer l’innovation dans les stratégies éducatives, en particulier dans les quartiers les plus difficiles (tester les « charter schools » associatives par exemple) ;

– Faire connaître et partager largement les succès. Promouvoir les meilleures pratiques.
– Ouvrir l’école sur son environnement, par exemple en :
– Impliquant les parents volontaires dans les activités pédagogiques de base, aux côtés des enseignants, comme dans les pays du Nord de l’Europe ;
– Organisant des cours d’alphabétisation pour les parents concernés, comme en Angleterre ;

  •  Renouer un lien de confiance entre l’école, les enseignants et les parents, tisser des liens constructifs entre l’école et l’entreprise : par exemple via des interventions de professionnels dans les écoles tous les mois comme en Finlande, et des stages en entreprise pour les professeurs ;
  • Engager la révolution numérique en commençant par évaluer les meilleures pratiques mondiales (exemple de Singapour où les cours des enseignants à la plus fort valeur ajoutée sont filmés et accessibles en ligne) en la matière, et proposer des recommandations à mettre en œuvre rapidement. De nouvelles méthodologies comme « la cartographie des savoirs » et « l’école inversée » devraient par ailleurs être évaluées et éventuellement testées.

Un projet défini par les membres

Pour établir ces propositions, Nous Citoyens s’est appuyé sur une étude de plusieurs mois, qui nous a amenée à rencontrer des enseignants du premier et du second degré, des fonctionnaires du ministère de l’Education nationale, des associations spécialisées dans l’éducation, des think-tanks ayant travaillé sur ce sujet.

Il revient maintenant aux adhérents de Nous Citoyens de finaliser les propositions via la plate-forme web (www.nouscitoyens.fr/theme/education).

Si une mesure recueille une majorité d’avis négatifs, celle-ci sera abandonnée ou réétudiée en fonction des contributions. A contrario si une mesure est plébiscitée par les « internautes Citoyens » cette dernière, enrichie par leurs recommandations, sera intégrée par la commission au Projet Citoyen.
85,7 milliards d’euros contre 55,8 milliards d’euros en l’Allemagne, 54,3 milliards d’euros au Royaume-Uni, pour des populations d’élèves similaires.

50 % en France, contre 36 % en Allemagne

2h de plus par semaine représentent 40 000 postes économisés ; la commission Efficacité de la dépense publique fera des propositions sur le statut de la fonction publique

Exemple du système finlandais

Une approche plus complète sera proposée dans le cadre des travaux sur l’efficacité de la dépense publique

6 Un chiffrage plus précis sera effectué par notre Commission Efficacité de la dépense publique