INTERVIEW – Pour Stéphane Rozès, le président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), l’émergence de deux nouvelles formations politiques à cent jours des municipales va pousser les formations traditionnelles à parler des difficultés des Français plutôt que «de se construire contre leurs adversaires».

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LE FIGARO – Deux nouveaux partis politiques – Nouvelle Donne et Nous Citoyens – sont récemment venus s’ajouter à l’échiquier politique. Qu’est-ce que cela révèle à cent jours des élections municipales?

Stéphane ROZES – En amont d’échéances électorales, on observe régulièrement l’émergence de formations politiques plus thématiques à côté des partis traditionnels et généralistes, qui occupent déjà un espace au plan local, national et européen. On a par exemple vu le cas, ces dernières années, des écologistes, qui contrairement aux grandes formations politiques, ont une histoire assez récente, qui remonte au milieu des années 70. Dans le cas présent, les programmes de Nouvelle Donne et de Nous Citoyens portent sur des questions d’intérêt général (chômage, emploi, représentativité…). Des thématiques qui mettent en lumière les difficultés des partis «classiques» à répondre eux-mêmes à ces sujets. Car les deux initiateurs de ces mouvements, Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne) et Denis Payre (Nous Citoyens), auraient normalement dû se faire entendre dans un parti ou une structure associative. Cela n’a pas été le cas.

Tous deux expliquent vouloir redonner la parole aux citoyens et fédérer largement. Est-ce le seul moyen de s’imposer aujourd’hui face à la crise politique et économique actuelle?

Leur seule ressource est de faire appel à la société civile puisqu’ils n’ont pas pu se faire entendre auparavant dans d’autres structures. Grâce aux médias qu’ils sollicitent, ils peuvent espérer créer un appel d’air. Passée cette étape de la médiatisation qu’ils mènent actuellement, ils pourront commencer à structurer en vue des prochaines élections.

Ces deux formations peuvent-elles constituer une menace pour les autres partis en vue des municipales?

Cela ne se jouera pas selon moi aux municipales, mais plutôt aux européennes, qui se prêtent davantage à l’émergence de petites formations politiques. Je ne parlerai pas non plus de menace, mais plutôt de concurrence. Une compétition qui sera d’ailleurs plus médiatique qu’électorale, car les partis traditionnels seront obligés de réagir à leurs programmes et à leurs idées. La présence de Nouvelle Donne et de Nous Citoyens devrait à la fois élever le débat et pointer les manques des autres formations. Cela obligera peut-être les candidats à aller au fond des choses et à faire campagne sur des thèmes plutôt que de se construire contre leurs adversaires.

Selon un sondage BVA pour iTélé publié ce week-end, 52% des Français seraient pourtant prêts à voter pour un «nouveau parti» aux municipales et européennes…

Il faut se méfier de ces chiffres… En réalité, cela signifie surtout que la politique a toujours été une passion française et que les citoyens aiment bien dire qu’ils ne sont pas prisonniers d’un parti. En France, on aime le débat!