À l’origine d’entreprises à succès comme Business Objects ou Kiala, Denis Payre se lance dans la politique avec « Nous Citoyens ». Son ambition ? Appliquer les recettes de l’entreprise à la gestion de la France.

Voir l’article sur le JDE.

Denis Payre, vous avez lancé le mouvement politique « Nous Citoyens » en octobre dernier. Quelles sont aujourd’hui les positions du mouvement et comment allez vous négocier le rendez-vous des municipales ?
Nous comptons aujourd’hui près de 7.000 adhérents payants. C’est autant que le Nouveau Centre et l’UDI et trois fois plus que le NPA. Nous sommes devenus en quatre mois l’un des dix premiers mouvements politiques français. Pour les municipales, nous avons été sollicités par des listes citoyennes, à qui nous avons proposé de signer une charte qui permet de lutter contre le clientélisme dans les collectivités grâce à une grande transparence sur les budgets alloués, les rémunérations des élus ou leurs liens familiaux avec les employés municipaux. Une quarantaine de listes ont été labellisées de Grenoble à Arras en passant par Levallois ou Grigny.

Y aura-t’il des listes Nous Citoyens aux Européennes ?
Nous présenterons des listes dans cinq ou sept des huit régions de l’Hexagone. Elles porteront ce message : l’Union Européenne est indispensable pour peser dans la mondialisation en mutualisant nos forces sur certains sujets clefs. la France, qui a été longtemps un moteur de la dynamique européenne, ne l’est plus. Les politiques français envoyés à Bruxelles n’y sont plus crédibles. Il faut donc y envoyer des élus différents pour y régler les problèmes qui pénalisent l’Union, comme la surgouvernance ou l’inflation des normes.

Pourquoi avoir quitté le monde de l’entrepreneuriat pour devenir homme politique ?
Le décalage entre le potentiel du pays et la situation actuelle. J’ai la conviction que nous pouvons retrouver le plein-emploi, la croissance. Le pays est aujourd’hui bloqué. J’ai envie de créer une troisième offre pour tous les orphelins en politique, raisonnable sur le plan des valeurs, humaniste, républicaine, européenne, avec un vrai programme et non pas une aggravation considérable de la dépense publique et donc de la pression fiscale.

Peut-on vraiment appliquer les recettes de l’entreprise à la gestion d’un pays ? La politique n’est-elle pas un métier de professionnels ?
Les environnements sont différents mais des principes de l’entreprise peuvent et doivent s’appliquer à la gestion d’un État, à commencer par celui de la responsabilité. Dans l’entreprise, quand vous n’avez pas de résultats, vous prenez la porte. Aujourd’hui, on voit des gens qui portent la responsabilité de la situation catastrophique du pays nous donner des leçons… Quand à savoir si c’est un métier, nous avons affaire surtout à des professionnels du chômage de masse, du surendettement et des impôts qui sanctionnent et démotivent. On voit où nous ont mené les professionnels de la politique, nous ferions peut-être bien d’en changer…

François Hollande semble pourtant infléchir son discours, avec le pacte de responsabilité. Est-il dans la bonne voie ?
Après un début de quinquennat marqué par un discours anti-économique et donc anti-emploi, on ne peut que se réjouir de cette sortie du déni de réalité. Mais la mise en oeuvre pose question, car François Hollande n’a pas de mandat politique pour opérer ce pacte. Il a été élu sur un programme différent, avec une augmentation du nombre de fonctionnaires et peu de réduction de la dépense publique. Cela risque d’être compliqué, même si son faible niveau dans les sondages peut permettre de prendre des risques politiques.

Que pensez-vous du système de contreparties de ce pacte ?
La marge brute d’une entreprise française n’est que de 28 %, alors qu’elle est de 40 % en moyenne pour leurs homologues européennes. Avec une marge brute de 28 %, il ne reste presque pas de profit. Et quand on sait que les profits d’aujourd’hui sont les emplois de demain… En créant des conditions plus favorables à la compétitivité des entreprises, l’État ne fait donc que son devoir ! Demander des contreparties est trop compliqué au vu de la diversité de notre tissu : certaines entreprises pourront recruter grâce à ce ballon d’oxygène, mais d’autres ne pourront l’utiliser que pour continuer d’exister. La seule contrepartie qui me semblerait intelligente, c’est que 5 à 10 % des nouveaux emplois créés soient réservés aux chômeurs de longue durée, qui est le chômage le plus pénalisant aujourd’hui.

Le slogan « 1 million d’emplois pour 100 milliards » de réductions de charges de Pierre Gattaz, vous y croyez ?
Oui, peut-être si on avait 100 milliards de baisse, mais on parle de 30. Les baisses de charges imaginées sont trop faibles pour avoir un impact fort et elles ne sont pas assez concentrées sur les bas salaires. Le coût moyen chargé d’un salarié français est de 35 € de l’heure, quand celui d’un Allemand est de 30 et qu’il est de 20 pour un Espagnol ou un Anglais. Nous allons donc juste abaisser ce coût à 33 €, ce qui reste considérable.

Alors, comment créer de l’emploi ?
Les charges ne sont pas tout. Une étude indique que les PME, qui créent 80 % des nouveaux emplois, sont aujourd’hui en sous-effectif pour un tiers d’entre elles. Pourquoi ? Parce que les responsables de PME sont confrontés à un droit du travail trop pénalisant, qui les conduit à signer le plus tard possible des CDI. La crainte, c’est que si les choses se passent mal, humainement ou économiquement, ils aient à faire face aux Prud’Hommes. Du coup, cela créé une France à deux vitesses : celle des salariés protégés par leur CDI, et celle des jeunes qui « galèrent » entre stages, intérim et CDD. Il faudrait établir une grille incontestable des indemnités dues en cas d’arrêt de collaboration. Nous ferions alors sauter le verrou ! Il y a de nombreux autres sujets à traiter, nous ferons des propositions prochainement.