Denis Payre répond aux questions du site Atlantico.fr sur la politique économique menée ces derniers mois par François Hollande.

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Atlantico.fr : Le rapport des Français à l’entreprise a nettement évolué alors que 69% d’entre eux considéraient en janvier que l’allègement des charges salariales était « une bonne mesure pour lutter contre le chômage ». Peut-on dire, au regard de la politique menée sur les derniers mois, que François Hollande a pleinement pris acte de cette évolution ?

Denis Payre : On peut dire qu’il a commencé à en prendre acte après avoir entretenu pendant des mois une attitude extrêmement hostile à l’égard des entreprises et des entrepreneurs (taxe à 75%, déplafonnement ponctuel de l’ISF, alignement des plus-values sur les salaires). Cela a provoqué les contestations que l’on sait avec l’émergence du mouvement des Pigeons mais aussi avec des événements plus symboliques comme le départ de Gérard Depardieu et les rumeurs d’exil concernant Bernard Arnault. Cet ensemble de mesures a démontré une réelle incompréhension de la nature même du métier d’entrepreneur, mais aussi de la prise de risque et de la rémunération qui y est liée. A cela s’ajoute une pression fiscale dont l’intensité (30 milliards d’euros) atteint tous les records depuis le début de la Ve République. On peut toutefois noter que cette question de la fiscalité et de la dépense publique s’inscrit dans une tendance longue (près de quarante ans) où droite et gauche partagent les responsabilités. De 45% du PIB en 1974, les prélèvements obligatoires sont passés à 62% aujourd’hui, ces 17 points supplémentaires (340 Milliards d’euros) équivalant pratiquement à la création d’un état régalien supplémentaire en quatre décennies. François Hollande ne fait pas exception à la règle et les plaisanteries qu’il distillait en privé peu avant son arrivée au pouvoir (époque où il affirmait que les riches « allaient voir ce qu’ils allaient voir » sur le plan fiscal) n’ont clairement pas envoyé le bon signal dans le contexte économique que l’on sait.

Ce discours politique, reposant d’un côté sur un assommoir fiscal et de l’autre sur des déclarations particulièrement offensives à l’égard des forces productrices du pays a connu depuis une légère inflexion en début d’année, notamment avec l’annonce du Pacte de responsabilité. On peut toutefois affirmer que les 30 Milliards de baisse de charges promis à cette occasion permettront seulement de revenir au niveau de prélèvements qui était celui en vigueur avant mai 2012. Le contexte général reste cependant relativement identique alors que les entreprises françaises continuent d’être les moins rentables d’Europe, pour les raisons que l’on imagine.

On peut donc dire que François Hollande a tout juste commencé à prendre conscience des enjeux alors que les citoyens ont effectivement  changé de regard sur l’entreprise depuis les dernières années, de nombreuses études et enquêtes étant là pour en témoigner. 84% des Français (chiffres Ipsos) font ainsi confiance aux PME tandis que 86 % d’entre eux considèrent que « favoriser l’esprit d’entreprise devrait être l’aiguillon des réformes dont la France a besoin ». Le gouvernement semble avoir compris ce fait, du moins en partie, mais l’a visiblement compris trop tard au regard des derniers résultats électoraux. Le virage à 180° de janvier dernier semble par ailleurs démontrer un manque de conviction sur le long-terme.

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