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Des avions cloués au sol, un management qui a mis plus de vingt ans à comprendre la transformation en cours, une catégorie privilégiée qui s’arcboute sur ses avantages au risque de faire capoter toute l’entreprise, des clients furieux et qui s’enfuient vers la concurrence… décidément Air France, en ce mois de septembre 2014, est une forme de résumé et de caricature de cette France qui gâche ses chances en refusant de voir son futur et reste, elle aussi, clouée au sol !

Car, enfin, pourquoi les Directions Générales successives d’Air France n’ont-elles pas prises, il y a longtemps, la décision de lancer un opérateur low cost. Il n’y avait pas besoin d’être un grand stratège pour comprendre que, le transport aérien étant devenu une commodité, la segmentation allait devenir reine, et que bon nombre de ses clients s’orienterait vers une offre premier prix. C’est la loi de tous les marchés, de tous les produits ou services…

Nos hommes politiques, face aux évolutions du monde, ont la même cécité, mais à la puissance N : incapacité à comprendre le monde qui émerge et manque d’anticipation. Il est vrai que la plupart ne commencent à voyager de par le monde qu’une fois élus, alors comment s’étonner qu’ils ne le comprennent pas ?

Incapacité donc de la Direction à donner le cap et communiquer une vision. Aussi les salariés ont-ils peur de bouger, et les corporatismes montent. Et qui voit-on aux premières loges de la résistance ? Bien sûr pas ceux qui sont les plus fragiles et les plus vulnérables, mais ceux qui se sentent les plus forts et qui sont les plus privilégiés. Dans le cas d’Air France, ce sont les pilotes qui se mettent en travers, entravant l’évolution, et faisant courir sans vergogne des risques à tous les autres salariés.

L’histoire de notre pays est peuplée de ces populations qui se lèvent pour bloquer ce qui devrait être fait. A chaque fois, ce ne sont pas les plus fragiles. Eux, on les entend pas. Ils meurent doucement dans cette France périphérique que décrit si bien Christophe Guilly. Ce sont des minorités agissantes et puissantes qui, figeant la France dans un passé largement révolu, se dressent et empêchent toute transformation réelle. A leur décharge, nos politiques manquent non seulement de vision, mais souvent de courage…

Une Direction qui suit le mouvement, plus qu’elle ne le précède, des groupes de privilégiés déterminés qui se lèvent… et des clients qui s’enfuient. Car eux, ils sont libres. Libres de choisir un meilleur service, un meilleur prix, et surtout une meilleure fiabilité. Air France n’a pas fini de payer l’addition de cette grève qui a plus d’impact, en négatif, que toutes les campagnes de publicité. Les pilotes viennent de rendre le meilleur service non pas à leurs clients, mais à leurs concurrents !

A nouveau, comment ne pas penser à la France que commencent à fuir de plus en plus les meilleurs ? Et je ne fais pas référence seulement aux grandes fortunes, mais à tout ceux qui décident d’entreprendre ailleurs, parce que chez nous, c’est trop compliqué, trop administratif, trop souvent incompréhensible pour le bon sens quotidien.

Prenons garde : si nous ne refondons pas rapidement notre pays, si nous n’élisons pas à sa tête des dirigeants politiques qui ont compris le monde dans lequel nous vivons et sont capables de projeter une vision à la fois ambitieuse et pragmatique, si nous laissons les corporatismes locaux tout figer, la France risque de se réveiller bientôt, comme la compagnie aérienne qui porte son nom, clouée au sol et menacée dans son existence même.

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