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Manuel Valls a présenté ce mercredi en Conseil des ministres son projet de budget pour 2015, avec une prévision de déficit à 4,3%, symbole d’un nouveau renoncement, le retour à l’équilibre des finances publiques n’étant visiblement plus envisagé par notre exécutif.

Pour faire passer la pilule à nos partenaires européens, le Premier ministre va devoir faire une nouvelle danse du ventre à Bruxelles, après avoir vainement tenté d’amadouer nos amis allemands la semaine dernière, tel le mauvais élève qui demande de l’aide au premier de la classe.

La France doit assumer ses lacunes et faire ses devoirs si elle ne veut pas risquer le redoublement, ce qui pénaliserait l’ensemble de la classe européenne. Cela devient une mauvaise habitude : notre pays ne va pas tenir ses engagements de réduction de déficit prévus en début d’année, pourtant confirmés par Manuel Valls au moment de son arrivée au gouvernement.

Pour mémoire, François Hollande prévoyait à son élection un déficit de 3% en 2013 et un retour à l’équilibre en 2017, prévision rapidement revue en 2013 où la France obtient à Bruxelles un report de deux ans de son engagement (Nicolas Sarkozy avait lui aussi négocié un report du retour au 3% de déficit à Bruxelles en 2011…).

Des prévisions pour 2015 inquiétantes

L’année 2013 s’est terminée avec un déficit de 4,3% mais, malgré cela, Manuel Valls à son arrivée avait confirmé l’engagement de 3% pour 2015, aidé en cela par François Hollande qui au printemps dernier encore affirmait que la croissance était de retour. Il faut attendre cette rentrée de septembre pour que le gouvernement reconnaisse une nouvelle fois son échec et annonce son souhait de reporter à 2017 le retour à ces fameux 3%.

La déclaration de Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, le 10 septembre dernier – « le sérieux budgétaire reste l’engagement qui a été pris depuis le début » – ferait presque sourire si le sujet n’était pas si sérieux pour l’avenir de notre pays.

Notre gouvernement ne maîtrise rien et avant de se retourner officiellement vers Bruxelles, il a tenté de demander de l’aide à l’Allemagne la semaine dernière, en sous-entendant que Berlin devait faire plus pour la croissance européenne et donc française, notamment à partir d’investissements publics.

Angela Merkel a logiquement fait la sourde oreille et on la comprend. L’équilibre du budget fédéral, en vue l’an prochain pour la première fois depuis 46 ans, est en effet une priorité absolue en Allemagne, ce qui proscrit toute dépense supplémentaire. De plus notre voisin fait déjà beaucoup pour la croissance française en étant son premier partenaire commercial : la France exporte chaque année pour plus de 100 milliards d’euros outre Rhin.

Enfin, et on ne le répètera jamais assez en France, la seule intervention étatique efficace durablement sur la croissance consiste à offrir un cadre fiscal et réglementaire propice au développement économique et à la création d’emploi en particulier.

Pour une réforme globale du fonctionnement de l’État

Qu’on arrête de nous faire croire que les patrons ont déjà trop de cadeaux de la part du gouvernement actuel et que les réformes nécessaires sont en cours. Le manque de compétitivité des entreprises françaises est constaté depuis des années par l’ensemble des observateurs et ça n’est pas l’une des mesures symboliques du gouvernement en la matière, le CICE, qui va améliorer significativement la situation.

Un rapport du comité de suivi du CICE, publié le 30 septembre, montre d’ailleurs que cette mesure sensée créer 300.000 emplois en cinq ans n’a pour l’instant pas eu d’effet en termes d’emplois.

La France ne peut compter que sur elle-même et doit mener un programme radical de réforme du pays qui commence par un plan de diminution de la dépense publique de 200 milliards sur 5 à 7 ans afin de revenir dans la moyenne européenne en termes de prélèvements obligatoires (46% en France contre 40% en Europe), et de tendre vers un équilibre du budget de la nation.

On en est d’autant plus loin aujourd’hui que le plan d’économie de 50 milliards sur trois ans évoqué par le gouvernement est en fait calculé par rapport à une hausse « naturelle » des dépenses prévues. En valeur absolue, les dépenses continueront bien à augmenter.

C’est donc une réforme globale du fonctionnement de notre Etat, de nos collectivités, de notre système éducatif, de notre système de santé, pour ne citer que quelques dimensions structurantes, qui est nécessaire, pas une série de coups de rabot !

Passer de la parole aux actes

Cette « révolution culturelle » est indispensable pour baisser la fiscalité et redonner des marges de manœuvres aux consommateurs et à tous ceux qui tirent la machine économique.

Mais aussi pour réduire notre déficit et arrêter de financer le fonctionnement de l’État par un endettement record : les 2.000 milliards ont été franchis, un héritage lourd pour les générations futures et un risque toujours plus grand que les marchés financiers nous obligent à réformer dans l’urgence le jour où ils décideront que la France n’est plus aussi solvable.

On peut comprendre que le gouvernement soit dans une situation politique délicate, avec un président élu sur un « non-programme », et une majorité parlementaire divisée. Mais il n’est plus temps de tergiverser et de faire de la politique politicienne.

Passer de la parole aux actes est d’ailleurs la seule solution pour la majorité actuelle de sauver les meubles en vue de 2017. Et il n’est pas trop tard pour agir radicalement.

Rappelons que l’agenda 2010 de Schröder, ce grand projet de réforme lancé en Allemagne en 2003, à l’époque « homme malade de l’Europe », a abouti à de premiers résultats positifs dès 2005 avec le retour de la croissance. La conjoncture mondiale n’était certes pas la même qu’aujourd’hui, mais le travail a été fait et les efforts ont payé.

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