Une croissance de 0,4 % et un déficit de 4 % en 2014, soit 10 fois plus de richesse empruntée que de richesse créée. 500 chômeurs de plus par jour, près de 9 millions de Français vivant sous le seuil de pauvreté. Des politiques publiques en friche, comme l’éducation, avec le système à la fois le plus coûteux et le plus injuste des pays développés et comme seul remède proposé la facilité de la suppression des notes. Des chefs d’entreprise révoltés, assommés plus que jamais par les prélèvements et les réglementations, finissant par s’enchaîner aux grilles de Bercy, le FN désormais premier parti de France et des vieux partis aggravant leur discrédit avec les affaires Bygmalion et Thévenoud. Un bien triste bilan, résultat de trois renoncements depuis plusieurs décennies.

Le premier renoncement est le refus de parler des vrais sujets, comme lors de la présidentielle de 2012, où les vieux partis reprenaient la dénonciation des boucs émissaires des extrêmes plutôt que de dire la vérité aux Français : c’était la faute aux étrangers, aux riches, à la finance, à l’euro, à l’Europe, aux Allemands, aux Chinois, mais en France tout allait parfaitement bien, il n’y avait rien à changer. Comment prétendre réformer un pays si on renonce d’emblée à faire un diagnostic honnête de la situation, une évaluation de ses forces considérables, mais aussi et de ses faiblesses très substantielles ? Ce renoncement a comme conséquence de créer un boulevard pour les populistes qui ont, eux, leurs explications faciles de la situation et leurs solutions folles.

Le deuxième renoncement de nos dirigeants politiques consiste à croire que l’on ne puisse pas venir à bout du chômage de masse, cancer numéro un de notre pays. Ils croient encore que contre le chômage, on a tout essayé, réflexe de gens déconnectés de l’économie et du monde, le cas de trop de nos dirigeants politiques. La Suisse, tout près de nous, est pourtant au plein-emploi avec 4 fois moins de chômage et un salaire médian 3 fois supérieur. Ce pays a fait le pari non pas de la finance, mais de l’industrie, de l’innovation et de l’entrepreneuriat. Il vient même de signer un accord de libre-échange avec la Chine. Il a une dépense publique parfaitement maîtrisée à 32 % du PIB contre 57 % chez nous et est tout sauf un enfer social. Gestion publique y rime avec subsidiarité, contrôle strict et sens des responsabilités, l’inverse complet de chez nous. Un pays pourtant très coûteux et complexe à administrer avec sa petite taille qui empêche les économies d’échelle, avec ses trois communautés linguistiques, ses montagnes omniprésentes, et son absence d’une marque mondiale magique comme la marque France. Il a, de plus, une monnaie forte et ne profite pas des avantages qu’offre le marché unique européen aux entreprises. Au lieu de s’en inspirer, certains sénateurs en visite là-bas ont donné récemment des leçons de « bonne gestion » dans une spectaculaire démonstration d’arrogance et d’aveuglement…

Enfin, le dernier renoncement est celui qui consiste à croire que le pays ne peut de toute façon pas être réformé alors que de très nombreux Etats ont déjà connu des situations similaires et en sont sortis : l’Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande ou la Suède. Nous continuons, quant à nous, d’accepter qu’une petite poignée d’individus cramponnés à des avantages injustifiables, obtenus par la force et enfermés dans le discours lénifiant d’une pseudo-solidarité dissimulant tous les abus, continue de prendre en otage un grand peuple de 65 millions d’habitants et de lui interdire la vraie justice sociale, le bonheur et la prospérité. Seul un vrai service minimum et une rupture consentie majoritairement permettront à notre pays une sortie par le haut plutôt que la brutalité d’une rupture forcée par les créanciers du pays ou un passage par la case populiste. Nous faisons le pari que nous serions capables d’en finir avec ces trois renoncements. Le plus tôt sera le mieux.

Denis Payre

>> Lire l’article dans Les Echos.fr