En 2004, un député des Yvelines attire l’attention des média en montant une opération digne des pieds nickelés, avec pour objectif la libération d’otages Français en Irak. C’est l’affaire Didier Julia.

A la lecture de cette rocambolesque histoire je m’intéresse à ce personnage qui a l’air de vivre encore sous la IVème république et je découvre avec stupeur qu’il est élu député depuis 1967, soit 11 réélections d’affilée, sans interruption.

Selon une étude de 2011, les députés français battent le record pour ce genre de cumul

Les politiques français cumulards toujours en haut du podium

Lorsque l’on parle de cumul des mandats on entend souvent cumul de plusieurs mandats en même temps. Selon une étude de 2011, les députés français battent le record pour ce genre de cumul :

  • 83% des députés français ont un autre mandat local
  • 35% en Suède
  • 20% en Espagne
  • 24% en Allemagne
  • 7% en Italie
  • 3% au UK
  • 0% aux Etats Unis.

Cette pratique devrait être largement limitée à partir de 2017 grâce à une nouvelle loi anti-cumul. Notre cher député Julia, met en lumière une autre facette du cumul des mandats, bien moins étudiée (comme si c’était un non sujet, une évidence, une normalité démocratique) : le cumul des mandats dans le temps. L’infini de la vie politique française.

La politique est un métier en France

Selon Mediapart, la moitié des maires de communes de plus de 20 000 habitants se présentaient en 2014 pour un 3, un 4 ème, (jusqu’à 7ème mandat). Quant aux députés de la 12ème législature (l’actuelle), plus de 40% faisaient leur 3ème, 4ème, 5ème ou 6ème mandat. Seuls 30% effectuaient là leur premier mandat. Et cela monte jusqu’aux plus hautes fonctions. Regardons quelques-uns des prétendants à l’élection présidentielle :

  • Nicolas Sarkozy, élu sans interruption de 1977 à 2012, soit 35 ans.
  • François Hollande, élu depuis 1988 avec 4 années d’interruption (ne vous inquiétez pas pour lui, il a retrouvé son poste dans l’administration française pendant cette traversée du désert) soit 24 ans en tant qu’élu.
  • Alain Juppé élu pendant 26 ans.
  • François Fillon, élu depuis 1981 sans interruption.
  • Arnaud Montebourg, élu de 97 à 2014
  • Jean-Luc Mélenchon est élu depuis 1986 avec seulement deux ans d’interruption.

Dans les prétendants à la présidentielle, à part Emmanuel Macron qui n’a jamais été élu, les carrières politiques ne se comptent pas en années mais en décennies.

Au fur et à mesure des élections, il y a un réel déracinement et une dépendance de plus en plus forte. Plus ils sont élus, moins ils savent faire un autre métier, plus ils doivent absolument être réélus.

On s’intéresse peu à ce cumul des mandats dans le temps et pourtant cela a un impact essentiel sur la vie politique française. La politique est un métier en France. On y entre pour durer et pour créer des fiefs électoraux. On crée sa petite entreprise politique et l’objectif est de la faire grossir, de la faire durer, avec toutes les pratiques déviantes qui vont avec. Au fur et à mesure des élections, il y a un réel déracinement et une dépendance de plus en plus forte. Plus ils sont élus, moins ils savent faire un autre métier, plus ils doivent absolument être réélus. Ce système impose par ailleurs un renouvellement quasi inexistant : les établis restent longtemps (peu de sorties, donc peu de places d’entrée). Les sortants ont par ailleurs plus de leviers (financiers, électoraux) d’actions pour faire pencher les électeurs en leur faveur. Nous sommes face à un un cercle vicieux empêchant tout nouvel arrivant qui pourrait déstabiliser les baronnies en place.

Limiter à 4 mandats maximum au cours d’une vie

Il y a pourtant des solutions simples, tout le monde le sait et une très grande majorité de français est d’accord. Il n’y a là aucune complexité juridique, aucun désaccord (de bonne foi) sur les potentiels risques que cela pourrait faire encourir aux pays. Rien de tout cela.

  • Limiter à 2 mandats consécutifs l’exercice d’une même fonction de parlementaire ou de responsable d’un exécutif local (maire d’une commune de plus de 30.000 habitants, président de Conseil Général et président de Conseil Régional).
  • Limiter à 4 mandats maximum, pour une même personne au cours de sa vie, l’exercice d’une fonction de parlementaire ou de responsable d’un exécutif local (maire d’une commune de plus de 30 000 habitants, président de Conseil Général et Président de Conseil Régional).

Ces deux idées extrêmement simples auront des effets encore plus simples. Elles obligeront les partis à faire émerger de nouveaux candidats, à s’organiser pour faire émerger plus d’acteurs. Cela rendra leur processus interne plus démocratique. Automatiquement une plus grande diversité de profils émergera lors de ces élections et donc une meilleure représentation de la société civile. Les français s’habitueront au changement dans le monde politique, à donner une chance à de nouveaux entrants et à ne pas s’habituer à avoir toujours les mêmes candidats. Enfin et surtout, la politique sera remise à sa place : servir son pays et non pas faire carrière. On fera de la politique un temps et on retournera à son métier (encore faut-il que les hommes politiques aient un vrai métier, mais c’est une autre histoire).

Pour 75% des français le non cumul des mandats dans le temps est LA priorité pour débloquer et renouveler le système politique.

75% des français sont d’accords.

Selon un sondage de janvier 2016 d’Odoxa, en partenariat avec Le Parisien Aujourd’hui en France intitulé “quelle boîte à outils pour débloquer le système ?” Pour 75% des français le non cumul des mandats dans le temps est LA priorité pour débloquer et renouveler le système politique.

Si ce choix est donné aux partis politiques en place, il y a peu de chances pour qu’ils acceptent de lâcher-prise sur leurs acquis. Non, pour que cette priorité des français passe, il ne faudra compter que sur la capacité de mobilisation des français pour transformer la vie politique de l’extérieur.

Jean-Baptiste, Nous Citoyens