MOI PRESIDENT…Exercice de style à la Queneau

Tribune de Bernard MOUTERDE, cofondateur de Nous Citoyens

Moi Président, je m’emploierais à redonner confiance en lui-même à ce peuple français qui a perdu la foi en l’avenir. Mal représenté, mal défendu, soumis à la pression des marchés et en même temps vilipendé par les censeurs de l’esprit sur le plan des questions sociétales. Je tâcherai de rétablir la fierté nationale, la passion pour notre aventure commune, l’esprit d’entreprise, le goût de l’effort et du travail. Je supprimerais les 35 h, modèle de société que personne n’a copié et qui constitue l’expression même de l’incompréhension des élites par rapport au monde tel qu’il est. Je construirais les conditions nécessaires à un remaillage de notre tissu industriel pour réhabiliter les conditions économiques du « made in France » : libération des capitaux, baisse des taxes et du carcan réglementaire, allègement du droit du travail… L’économie ne peut être un bateau ivre transnational, mais bien un outil au service des Français, comme l’ont fait les Allemands, ouverts sur le monde, mais attentifs en premier lieu à leur emploi domestique.

Moi Président, je reprendrais les rennes d’une vraie politique d’aménagement du territoire, abandonnée depuis Edith Cresson. Il est absurde de concentrer toutes les forces vives de la nation sur l’Ile de France et quelques régions privilégiées. Ré-approprions-nous la pleine entièreté de nos territoires par des avantages fiscaux élevés visant à desserrer l’emprise jacobine sur notre économie pour redynamiser des régions excentrées. Biarritz a les moyens de devenir une Miami !… Nous réglerions en même temps les problèmes de transport, de logement, de déserts médicaux et de sécurité. Cette grande transhumance aurait, en outre, des effets très favorables sur la croissance.

Moi Président, je capitaliserais sur les richesses humaines du pays, et notamment sur l’excellente formation de nos jeunes pour accélérer dans le développement numérique et faire de la France le laboratoire des idées de demain. Je faciliterais l’investissement dans des start-ups, l’accompagnement financier et administratif de toutes les jeunes pousses, et ferais de la Banque Publique d’Investissement le bras armé d’une irrigation de cette nouvelle économie, avant qu’une armée d’investisseurs en capital-risque ne prenne le relais. La France a les moyens d’être la Silicon Valley de l’Europe…

Moi Président, j’imposerais à toutes les grandes entreprises d’envoyer leurs jeunes salariés à l’étranger pour quelques semaines. Notre société est hélas repliée sur elle-même, pas assez ouverte sur le monde extérieur. Nos jeunes sont souvent formatés sur des idées toutes faites qu’il est important de confronter au réel. Découvrir la rage au travail des Chinois, le sens du service des Japonais, l’implication forte des Americains et l’optimisme des Brésiliens, permettraient de mieux appréhender l’économie de marché et l’environnement concurrentiel qui est le nôtre. Ce serait un moyen de nous remettre tous à l’ouvrage.

Moi Président, enfin, deviendrait « Nous Citoyens » car on n’est jamais aussi fort que soudés, quand chacun est mobilisé sur l’objectif à atteindre. La recherche de l’intérêt collectif doit dépasser le bal des égos. Il faut retricoter notre aventure collective, en laissant de côté les vaines idéologies et les débats stériles. L’esprit français, de Voltaire à Cyrano, vaut beaucoup mieux que les polémiques minables qui constituent l’alpha et oméga de l’échange politique actuel.