Diagnostic : la France continue à perdre des entreprises à hautes valeurs ajoutées

BC55
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le 14/11/2018 à 13:38 Citer ce message

Pour continuer notre débat, je souhaite éclairer les limites du CIC ou de sa transformation en baisse des charges par des exemples concrets mon expérience propre et exprimer mes doutes sur ce qui est propagé par certains médias et le gouvernement.
1) On entend dire que des entreprises rentrent en France. C’est vrai. Mais pour une entreprise qui rentre combien font faillites et combien continuent à délocaliser tout ou partie de leur production et de leurs études. Les radios et le gouvernement sur ce sujet sont muets. Ensuite il faut distinguer l’importance qualitative de certaines entreprises pour l’économie française. Perdre une ingénierie c’est perdre un grand nombre de sous-traitants. C’est aussi perdre la capacité à concevoir des usines innovantes. En fait le problème principal est bien de perdre des sociétés capables de délivrer des services et produits complexes et de grande qualité.
Pour ma part en tant que gérant d’un une entreprise du secteur de l’ingénierie je constate le manque de projets en France et la nécessité pour les entreprises françaises de ce secteur de délocaliser pour être compétitives. Il est à noter que depuis la mise en place des 35H et l’augmentation des charges la France a perdu de nombreuses capacités industrielles et de nombreux bureaux d’études et d’ingénieries de moyen de production et de produits. Notre manque de compétitivité n’est plus seulement en termes de coûts mais aussi en termes de savoirs faire et de qualité.
Encore dernièrement des sociétés comme LITWIN (plus de 400 ingénieurs, cadres et techniciens a fait faillite en 2012). Dernièrement ce fut le tour de Sofregaz (ancienne filiale de gaz de France et spécialisé dans l’ingénierie les terminaux méthaniers – liquidation 2018). Pourtant il y a un marché mondial en ce moment. A son apogée, elle avait plusieurs centaines de cadres, ingénieurs et techniciens de hauts niveau. Il y a aussi NOX industrie (plusieurs centaines d’ingénieurs il y a quelques années) qui est en redressement judiciaire. Il y a WOOD France ex FOSTERWHEELER dont les résultats financiers sont très mauvais. SAIPEM France qui vient de faire deux plans sociaux consécutifs. TECHNIPFMC qui délocalise son siège à Londres. Mais dans l’ingénierie de produits l’exemple le plus significatif est la délocalisation par PSA d’une partie de son activité de bureau d’études au Maroc suite à la reprise en mains par Carlos TAVARES.
Je viens d’apprendre que la principale société d’ingénierie de projet du nucléaire diminue son effectif et sous traite de plus en plus en INDE.
Nous venons d’apprendre par la presse que ARIANE Group va réduire de plus de 2000 employés son effectif.
Je pourrais citer aussi de nombreuses entreprises du secteur industriels de produits complexes.
2) On entend le chômage des jeunes qualifiés et des qualifiés est faible (sous-entendu pas besoin de diminuer les charges très élevées pour eux). Cela ne peut être nié. Mais ce que je constate sur le terrain a un éclairage très différent pour le sous-entendu. S’il y a moins de chômage pour les qualifiés c’est tout simplement aussi parce qu’ils acceptent du travail moins payé ou moins qualifié ou qu’ils vont vers d’autres cieux mondiaux. Des témoignages de nombreuses connaissances ayant des enfants fortement diplômés confortent ma position mais aussi mon expérience de recruteur de cadres fortement qualifiés.

Tout d’abord les jeunes diplômés ne trouvent pas du travail à leur niveau d’espérance. Une de mes filles bac + 5 a trouvé du travail à son niveau de qualification à temps partiel et a complété ce travail par un CDD d’hôtesse de caisse de supermarché. Puis elle a trouvé à temps complet mais avec une rémunération très basse. Mon autre fille comme la plupart de sa promotion a préféré aller travailler à l’étranger (Prague pour elle, les autres ce fut Bruxelles, Milan, Barcelone, Berlin..). Des témoignages nombreux d’amis et de connaissances racontent le même type de situation.
En tant que recruteur je constate qu’il y a de plus en plus de jeunes diplômés français qui ne trouvent pas de travail en France à la hauteur de leurs espérances. C’est pourquoi des pourcentages importants de promotions d’ingénieurs, cadres, pharmaciens option industrie, avocats, financiers, ... vont vers d’autres cieux divers Londres, Barcelone, Bruxelles, Berlin, Suisse, mais aussi en Asie et aux USA. je constate aussi que leurs ainés du secteur de l’ingénierie de moyens de production ne veulent plus travailler en France (trop d’impôts, insuffisamment payés, peu de travail intéressant,..).

Ce que j’écris ne fait pas une statistique quantitative. Mais si les entreprises employant des cadres fortement diplômés délocalisent ou font faillites, on comprend que nos jeunes fortement qualifiés et leurs ainés ne puissent trouver en France du travail à hauteur de leurs espérances.
Croyant que CUBA allait changer de régime, je suis allé passer des vacances dans le CUBA communiste il y a 3 ans. Là-bas jusqu’à il y a encore quelques années, des jeunes pouvaient faire des études jusqu’au niveau bac + 5. Malheureusement pour eux, il n’y a pas de secteur privé et le secteur public s’est considérablement réduit et il n’y a quasiment plus d’industrie. On y trouve de l’agriculture à l’ancienne, quelques manufactures à l’ancienne qui produisent comme au début du siècle dernier, des bars et des hôtels pour touristes étrangers. Les bacs plus 5 que j’ai rencontré sont paysans, serveurs de bars et d’hôtels, chauffeurs de taxi et jardiniers d’hôtel. Tous gagnent entre 100 et 400 euros par mois et nourrissent difficilement leur famille.
La France a aussi perdu une grande part de son industrie. Notre capacité de rebond est de plus en plus handicapée par le départ sous d’autres cieux de nos bureaux d’études, nos ingénieries, nos laboratoires pharmaceutiques et nos hommes et femmes de talents. Je le répète notre manque de compétitivité n’est plus seulement en termes de coûts mais aussi de savoirs faire et de qualité. Comme Mr macron, ancien conseiller du président Hollande à l’Élysée en 2014, nous pouvons dire la France va devenir Cuba sans le soleil.

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